Chapitre 20: 16 heures, sortie du collège
-Alors, vous venez ou pas ?
-Et ton bus, ? demanda Charles.
-Je prendrai le prochain, rétorqua PDC avec un air assuré. Pas vrai, Nat ?
La jeune fille hocha la tête à contre cœur, partagée entre sa réticence à être d’accord avec Laveau sur quelque sujet que ce soit et sa curiosité.
-Et toi, Laura ?
Son amie hésita, rougissant comme quand elle avait une décision à prendre. Elle haussa les épaules pour gagner du temps.
-Je ne sais pas trop…C’est quoi exactement, cet endroit ?
-Rien, c’est juste pour traîner un peu…T’en as pas marre de rentrer bien sagement à la maison après le boulot ?
PDC, sans le savoir, reprenait les mots qu’il avait si souvent entendu son père prononcer. Le scénario était toujours le même : il lâchait sa phrase définitive, le ton montait avec la mère de Laveau et immanquablement son père partait en claquant la porte, obtenant ce qu’il voulait, ce pour quoi il provoquait chaque soir l’affrontement. Quelques fois, PDC récupérait même une gifle en prime.
-Que ton travail soit fait quand je rentrerai !
Mais il ne rentrait jamais, ou jamais assez tôt pour que son fils puisse lui présenter les cahiers sur lesquels, péniblement, il avait fait ses devoirs.
-Ma mère m’attend…finit par avouer Laura. Elle n’aime pas que je sois en retard.
-D’accord, compris ! rigola Laveau.
Il s’enhardissait, excité de mener les débats.
-Si c’est Maman qui décide ! Et toi, Charles ? T’as aussi des problèmes avec ta mère ?
Furieuse, Laura s’éloignait déjà. Nat faillit la rappeler mais, après tout, cette rabat-joie lui tapait sur les nerfs. Avec elle, jamais moyen de se laisser sans avoir l’impression d’encourir ses reproches. En cinquième, on avait bien le droit d’avoir un peu de liberté. Et puis, qui le saurait ?
Laura rentra droit chez elle, claqua la porte d’entrée et monta directement dans sa chambre sans répondre au traditionnel « Bonjour ma chérie » de sa mère. Celle-ci, prudemment, décida de laisser passer l’orage. Elle se força à terminer le chapitre du livre qu’elle avait commencé le matin même, prépara un goûter –verre de lait et barres chocolatées- et, plateau à la main, rejoignit sa fille. Elle frappa et, contrairement à l’habitude, entra sans attendre la réponse. Inutile de commencer une joute verbale de part et d’autre d’une porte fermée.
Laura était allongée sur son lit, calinant son chat, les yeux dans le vague. Chaque centimètre carré de sa chambre était recouvert : affiches de cinéma – Big Fish et le voyage de Chihiro, dessins de copines, diplômes et médailles gagnés à l’occasion de concours de violon, calendriers et cartes postales formaient un univers coloré, personnel, rassurant.
-Ca ne va pas ?
La mère de Laura s’assit sur le lit, présentant le plateau. Sa fille saisit machinalement un barre chocolatée.
-Je suis sûre que ça ira mieux après un bon goûter…Et le collège, aujourd’hui ?
Laura haussa les épaules.
- Ca va…
- Quelque chose de spécial ? Comment vont Charles et Nat ?
- Pourquoi est-ce que je ne peux jamais rien faire ? déclara soudain Laura.
Surprise, sa mère prit le temps de réfléchir avant de répondre.
-Tu vas toute seule au collège depuis le début de l’année…C’est une preuve de confiance, non ? Ton frère n’avait eu le droit qu’en quatrième.
-Tu parles d’une liberté ! Pour aller m’enfermer là-bas !
-Attends, attends ! Qu’est-ce que tu aimerais faire, exactement ?
-Ca ne sert à rien que je te dise, tu diras non de toutes façons !
-Tu es sûre ? Comme tu voudras…
Laura mordit à l’hameçon.
-Je voudrais rester avec mes amis après les cours.
« Pourquoi faire ? » faillit demander sa mère, mais elle se retint à temps. Autant dire « Je ne vois pas l’intérêt ! », et c’était vraiment une question qui n’avait aucun sens.
-Je sais ce que tu penses : que je suis trop jeune. Que c’est dangereux. Mais tous les autres le font, tu sais.
-Tous les autres, vraiment ? Je croyais que Nat prenait le bus pour rentrer.
-Tu vois, tu n’es pas d’accord ! Je voudrais juste rester un peu, quand on sort plus tôt par exemple.
-Vous ne préférez pas aller discuter en étude ?
Laura leva des yeux incrédules vers sa mère.
-En étude ? Tu plaisantes ?
-Ecoute, on peut en parler ce soir avec ton père. D’accord ?
Laura hocha la tête, soulagée d’avoir remportée une première victoire.
(c) Gilles Fontaine






