vendredi 24 août 2007

Chapitre 16: 17 heures 30, arrêt de bus de la Cité « La Goélette »


-Claire ! Hé, Claire !

La jeune fille accéléra le pas. Elle l’avait repéré dès qu’elle avait franchit la portière du bus, nonchalamment adossé contre un arbre, sans même cherche à dissimuler le joint qu’il tenait à la main. Il marcha vers elle, cherchant à lui bloquer le passage.

-C’est moi, Julien ! Je sais que tu te souviens de moi.

L’ironie dans sa voix lui donna envie de pleurer ou de le frapper, mais elle avait peur de lui. Une peur profonde, qui palpitait dans son ventre et que jamais elle ne pourrait maîtriser.

Ils se faisaient face, maintenant, elle les yeux baissés, incapable de penser ; lui un sourire arrogant, et, peut-être un soupçon de gène. Il écrasa soigneusement son mégot du bout de sa botte.

-Quoi de neuf au Lycée ?

Claire ne trouva rien à répondre.

-« Liberté », j’ai toujours trouvé ça naze, pas toi ? Quand je pense au temps que j’ai passé enfermé là-dedans ! C’est ça qui l’épatait, le proviseur…Il aurait bien voulu me virer mais pas de bol, j’avais des résultats !

Il éclata de rire.

- Même si ça me coûtait un peu cher ! Je suis pas fou…Aucune envie de me mettre à chercher du boulot comme tous les blaireaux !

« Il s’écoute parler » pensa Claire. « Il ne sait plus que je suis là, devant lui »

-Enfin maintenant, j’y suis ! J’aurais pu rater le bac, mais mon père veut que je dégage…Paraît que je donne le mauvais exemple aux petits…Ils verront plus tard, qui avait raison !

-Tu me laisses passer ?marmonna Claire. Elle jetait des coups d’œil alentour, espérant repérer un visage connu, quelqu’un qui lui viendrait en aide.

-T’est pressée ? Tu veux rentrer dans ta caverne, là-haut ? C’est si marrant ?

-Qu’est ce que tu veux, Julien ?

-Rien, juste discuter un moment, bien cool…T’en veux une ?

Elle secoua la tête et il rempocha le paquet.

-C’est que du tabac, pas de risque…Comme tu veux ! Alors, ça y est, tu es grande, t’es en première ! Quoi de neuf au Lycée ? répéta t’il.

-Je dois y aller, maintenant.

Il la contempla quelques instants sans rien dire, avec ce regard froid qui l’avait impressionnée la première fois qu’elle l’avait croisé. Puis il passa la main sur le crane rasé ; elle recula brusquement.

-Ca te va pas si mal…T’inquiètes pas, ça repousse. Il fit un pas de côté, s’inclina en une parodie de révérence pour la laisser passer.

-Te trompe pas de camp ! cria t’il comme elle s’éloignait, courant presque.

(c) Gilles Fontaine


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